BAÏUS

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BAÏUS MICHEL DE BAY dit (1513-1589)

Né à Meslin, dans le Hainaut, Michel de Bay, dit Baïus, doit sa célébrité à la polémique qu’il engagea sur la question de la grâce et de la prédestination. La controverse allait, après sa mort, connaître un éclatant rebondissement avec la querelle du jansénisme.

Étudiant à l’université de Louvain, président, en 1541, du collège de Standonck, docteur en théologie en 1550, successeur de Hasselius, Baïus estime qu’il faut combattre les luthériens et les calvinistes sur leur propre terrain. Puisqu’ils ne reconnaissent d’autre autorité que celle des Écritures et de certains Pères de l’Église, dont saint Augustin, il estime opportun d’abandonner les armes émoussées de la scolastique et de livrer bataille en précisant les notions de liberté et de péché. S’inspirant de la doctrine augustinienne, il développe un enseignement qu’à leur retour du concile de Trente deux de ses collègues, Ravesteyn et Ruad Tapper, un des plus sinistres inquisiteurs du temps, trouvent scandaleux. Il doit, en outre, faire face à l’opposition des franciscains, dont il a attaqué la doctrine de l’Immaculée Conception de la Vierge.

Le cardinal Granvelle, gouverneur des Pays-Bas, tente d’apaiser la querelle et de concilier les deux partis. Il remontre à Philippe II ce qu’il y aurait de fâcheux à condamner Baïus, qui, malgré les réserves émises à son égard, sera délégué par l’université de Louvain à la reprise du concile de Trente en 1563. Une nouvelle fois dénoncé, à son retour, il se prétend calomnié, mais ne peut empêcher la condamnation par la bulle Ex omnibus afflictionibus de soixante-seize propositions extraites de ses ouvrages. Baïus, qui n’avait pas été cité nommément, reste attaché à l’université, dont il devient chancelier. Il polémique, en 1577, contre Marnix de Sainte-Aldegonde et multiplie les justifications jusqu’à ce que, la bulle ayant été renouvelée en 1579, il soit contraint de se rétracter. Il y a tout lieu de croire que la contestation fût tombée dans l’oubli si, en 1587, l’université de Louvain n’avait condamné trente-quatre propositions de deux jésuites, Lessius et Hamelius, qui, reprenant la question de la grâce et de la liberté, s’inspirent de Baïus, mais aboutissent à des conclusions opposées. Le théologien Jacques Janson, qui entreprend de combattre la doctrine des jésuites, est un ami de Baïus. C’est aussi le maître de Jansénius, dont l’Augustinus paraîtra en 1640, cinquante et un ans après la mort de celui qui l’avait inspiré (15 déc. 1589).

Dans le souci de rectifier la pensée augustinienne — faussée, selon lui, par Luther et Calvin —, Baïus part de la réfutation de Pélage par Augustin. Pour Pélage, l’homme est essentiellement bon; il ne doit son progrès vers la vertu qu’au libre choix de sa volonté et n’a pas besoin de la grâce. Augustin insiste, lui, sur le péché originel et sur la corruption de la nature dès la naissance, mais reconnaît que Dieu n’a pas créé l’homme dans ce déplorable état, et lui a conféré par sa grâce le moyen d’en sortir. Pour Baïus, Dieu a créé librement l’homme et il l’a créé libre. Adam a péché librement. La nature humaine n’est pas mauvaise, mais elle est corruptible. La volonté de perfection fait donc partie de la nature humaine sans qu’il soit nécessaire de la confondre avec la grâce. Bien que l’homme soit enclin à pécher, en raison de la faute originelle, le libre arbitre lui permet de se justifier devant Dieu de la compassion que celui-ci lui accorde, mais non pas de prétendre au rachat par la pénitence et les bonnes œuvres. Le mystère de la grâce, accordée ou non, seul décide du salut.

Le jansénisme accentuera l’opposition soulignée par Baïus entre l’état qui précède et celui qui suit la chute. Avant la chute, la nature humaine participe naturellement de la nature divine; après la chute, tous les actes sont mauvais sans la grâce, qu’il n’appartient qu’à Dieu de conférer.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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